Le nom de la péninsule dérive du mot aïnou « kamuy », signifiant divinité, et la tradition locale tenait le promontoire pour sacré bien avant la colonisation moderne d'Hokkaido. Jusqu'en 1855, les femmes avaient l'interdiction d'approcher le cap sous peine de naufrage, un tabou enraciné dans la légende de Chalenka, la fille d'un chef aïnou dont l'amour non partagé pour un guerrier a maudit les eaux. Le sentier qui mène aujourd'hui les visiteurs jusqu'au phare a été tracé en 1888, pourtant l'itinéraire reste aussi élémentaire que la géologie qui le compose : virages serrés, herbe balayée par le vent et passerelle étroite suspendue au-dessus de précipices verticaux.
Le phénomène du « bleu Shakotan » attire autant les photographes que les biologistes marins. La couleur provient de trois facteurs convergents : une eau exceptionnellement claire filtrée par les courants marins, un fond marin composé de sable volcanique pâle qui réfléchit la lumière du soleil vers le haut, et l'angle d'incidence durant la matinée et les heures de midi. Lors des journées sans vent entre mai et septembre, le dégradé de cobalt s'intensifie jusqu'à atteindre une teinte inégalée le long de la côte d'Hokkaido. La visibilité s'étend jusqu'à quinze mètres, et les plongeurs rapportent avoir rencontré des forêts de varech et des colonies de crabes royaux épineux à des profondeurs accessibles uniquement par plongée technique. Les itinéraires des visites au cap Kamui partent généralement de Sapporo à l'aube pour capturer les conditions de lumière optimales, avec des affrètements privés permettant une flexibilité horaire pour la traque des tempêtes ou l'observation du coucher de soleil.
Le sentier mesure 770 mètres de la porte d'entrée jusqu'à la plateforme du phare, une distance qui dissimule 300 mètres de dénivelé répartis sur dix-huit pentes raides. Des mains courantes ont été installées en 1994 après un accident mortel de touriste, mais le chemin reste exposé à des rafales dépassant les cinquante kilomètres par heure lors des tempêtes d'automne. Le phare lui-même, automatisé en 1960, émet un flash blanc toutes les quinze secondes, visible à trente-deux kilomètres au large. Un monument en pierre à mi-chemin du sentier commémore la découverte en 1996 de fragments de poterie de l'âge du bronze, preuve que le cap servait de camp de pêche saisonnier trois mille ans avant la migration aïnoue. Les guillemots et les goélands à queue noire nichent sur les parois des falaises entre avril et juillet, leurs colonies étant inaccessibles sauf par descente en rappel. L'isolement du cap a préservé des espèces végétales endémiques du nord du Japon, notamment l'iris d'Hokkaido et le pois de mer, qui fleurissent dans de petites poches de terre là où le vent le permet.